Jean-Marie Léonard dit "lou boun"

 

 Voici les principaux "faits d'armes" d'un courageux Rapinot : Jean-Marie Léonard, surnommé "lou boun" (le bon).

 

  Né à Plaisance le 16 février 1824 rue des Pyrénées au quartier Rapine dans une famille de maraîchers et jardiniers, Jean-Marie va  se révéler, très tôt, être un excellent pêcheur. N'ayant que la route à traverser pour retrouver sa barque, l'Arros et ses méandres n'auront jamais de secrets pour lui (sa barque était toujours amarrée au petit embarcadère menant au lavoir de la digue de Rousset). Sa connaissance de la rivière, de ses crues ainsi que son aisance sur l'eau vont faire de lui un éminent personnage du XIXème siècle à Rapine.

                  La maison Léonard à Rapine (Au Pescayre)


 Tout commence par un drame : nous sommes le samedi 3 février 1844, il est dix heures du matin lorsque Jean-Marie Léonard, 19 ans propose à son père Dominique, 56 ans d'aller ramasser comme à chaque montée des eaux, quelques arbres morts transportés par l'Arros en crue. Le père s'y oppose tout d'abord mais fini par accepter devant l'insistance du fils et les voilà partis tous deux sur leur barque. Surpris par la force du courant, ils sont brusquement emportés par l'eau glacée, leur barque vient de chavirer après avoir heurté une souche cachée sous la surface. Jean-Marie parvint à s'agripper à un peuplier et à y monter. Il pu crier et donner l'alerte. Son père parvint à s'accrocher à un petit saule mais resta dans l'eau. Trois voisins et amis : le menuisier Gabriel Couget 59 ans, le tisserand Jean Brescon, 41 ans et le charpentier Mathieu, 43 ans venus à leur secours manquèrent de perdre la vie, leur barque, empruntée à la famille Junca, s'étant elle aussi à demi noyée sous un amas de branchages.

  La nouvelle avait fait le tour de la ville, l'adjoint au maire avait fait amener par charrette une troisième embarcation, la barque de Jules Olléris. L'abbé Palanque et une foule de plaisantins étaient accourus à Rapine. Après plusieurs tentatives, les trois sauveteurs furent secourus dans la nuit mais pas les Léonard.

  Malheureusement le père, Dominique fatigué et transi de froid avait péri, noyé, en début de soirée. Son fils n'eut la vie sauve que par miracle après être resté pendant près de 19 heures accroché à son arbre. Il fut récupéré au petit jour le dimanche matin.

   Marie Ducos, épouse Léonard éplorée blâmait tout le monde, reprochant aux malheureux sauveteurs de n'avoir pas ramené son mari, lui qui avait "conservé la vie à tant d'autres".

   L'abbé Palanque, curé de Plaisance rendit un hommage émouvant au cours de la messe qui suivait de quelques heures cet épisode tragique. Doc. d'archives : résumé d'un récit de 8 pages contenu dans le livre de raison de François Junca (1801-1858) de Plaisance du Gers.

 

    On peut supposer, dès lors,  que le traumatisme et le sentiment de culpabilité de Jean-Marie Léonard vis à vis de son père vont expliquer les actes qui vont jalonner la suite de sa vie.

    Il va tout d'abord s'illustrer lors de la terrible crue des 2 et 3 juin 1853 à Plaisance au cours de laquelle il va sauver 4 personnes de la noyade. Lors de cette même crue, il ira ravitailler les habitants de Tasque bloqués au 1er étage de leurs maisons.

Il reçu pour cela la médaille d'argent de 1ère classe pour acte de courage et de dévouement le 13 février 1856. C'était sous le Second Empire (voir ci-contre).

Le 4 juin 1875, lors d'une nouvelle crue de l'Arros, cette fois à Beaumarchès et Lasserrade, il va être à l'origine, avec son fils aîné Léon, du sauvetage de plusieurs personnes surprises par la brutale montée des eaux. Ce fût le cas notamment à côté de l'auberge Bonnet au quartier "Pélh de Lin"; ils allèrent chercher les époux Dauriac (Bernard 57 ans et Thérèse 61 ans), qui avaient été obligés de se réfugier dans le grenier de leur habitation, une maison basse de plain pied, lieu dit "Au Blazy".

A cette occasion, le père et le fils prirent des risques considérables car ils furent obliger de traverser par deux fois le lit de la rivière (aller et retour) et parcourir plus de 2 km à travers des champs inondés.

Ils recevront tous deux à cette occasion une nouvelle distinction  : la médaille d'or de 2ème classe pour le père et  la médaille d'argent de 2ème classe pour le fils. C'était le 18 août 1875.

 

   Quelques années plus tard, le 6 juin 1883,  Jean-Marie et ses deux fils Gabriel, le cadet et Joseph le benjamin, sauvèrent à nouveau trois personnes d'une mort certaine à Plaisance. Jean-Marie reçu, le 18 août 1883, la médaille d'or de 1ère classe, ses deux fils les médailles d'argent de 1ère et 2ème classe. 

 

Rapine Plaisance du Gers Digue de Rousset Jean-Marie Léonard inondations crue Lassérade Auberge de Bonnet

 Ci-contre, Jean Marie Léonard vers 1883 avec ses trois distinctions (document Y. Dubuc-Villas).

 

Le Conseil Général du Gers lui témoignera toute son estime et son admiration, le gratifiera de 400 frs et priera M. Le Préfet de signaler :

"Le Sieur Léonard à la bienveillante attention du gouvernement en vue d'une plus haute récompense honorifique qui lui permettrait d'ajouter le ruban de la Légion d'Honneur aux nombreux rubans qui ornent sa poitrine" (extrait d'une délibération du Conseil Général du Gers datée du 22 août 1883).

 

 Il n'obtiendra pas cette distinction supplémentaire ; à l'époque la légion d'honneur était généralement attribuée à des militaires.

Mais Jean-Marie Léonard, décédé le 22 février 1905 soit quelques jours seulement après avoir fêté ses 81 ans, restera dans les mémoires des vieux Rapinots comme  Léonard "lou boun".

      

       Ci-contre, une photo de 1925 environ sur laquelle on reconnaît Gabriel Léonard, alors âgé de 74 ans, fils de Jean-Marie et sa femme Louise Lahille, 64 ans née au Couloumé. On peut constater qu'il porte lui aussi sa distinction à la boutonnière.

 

 

     Ci-dessous, le vieux pont de bois de Rousset par lequel les habitants de Rapine se rendaient aux champs de la rive droite en zone inondable. Appelé aussi " Pont des pêcheurs", il était situé en amont de la digue non loin du pont actuel. La photo est prise du petit embarcadère auquel était amarrée la barque de Jean-Marie.


Pont des pêcheurs Rapine Rousset Plaisance du Gers Rivière-Basse

 

Le pont de bois n'existe plus aujourd'hui ; il a été démoli à l'automne 1964 remplacé par un pont en béton. Ce dernier est situé quelques mètres en amont de l'ancien.

Le lavoir, n'ayant plus d'utilité, a disparu lui aussi mais il reste toujours une barque amarrée, au même endroit ... comme un inextinguible hommage à la famille Léonard...